La maison dans la dune by Maxence van der Meersch

La maison dans la dune by Maxence van der Meersch

Author:Maxence van der Meersch
Format: epub


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C’était une des grandes raisons de la force de Lourges, que cette audace avec laquelle il venait affronter chez eux, dans leur repaire, les apaches et les fraudeurs les plus redoutés de la police et de la douane. Mais les quartiers suspects, les maisons borgnes réputées comme des coupe-gorge, Lourges les fréquentait sans le moindre émoi.

Il avait gardé de sa jeunesse cette assurance. Car Lourges avait un passé orageux. Lui-même avait sur la conscience quelques exploits de fraude qui eussent honorablement figuré à l’actif d’un contrebandier dangereux. Il s’était assagi, il avait compris qu’il valait mieux se ranger du côté du plus fort. Et, entré finalement dans la brigade mobile, il était devenu célèbre dans le monde des fraudeurs par son invraisemblable témérité, et par la chance avec laquelle il avait su opérer plusieurs belles prises.

Cela lui était utile, maintenant, d’avoir fréquenté la pègre. Il en connaissait les mœurs et la mentalité. Il savait tous les stratagèmes, toutes les ruses de cette guérilla perpétuelle qui divise les douaniers et les contrebandiers. Et, à fréquenter les bas-fonds et les cabarets louches, il apprenait, mieux que partout ailleurs, de précieux renseignements.

Par goût, d’ailleurs, il aimait ce milieu. Cela lui rappelait sa jeunesse, les temps héroïques où il était de l’autre côté de la barricade. Et puis, il aimait les femmes. Il lui plaisait d’entrer là en maître, de leur en imposer par sa réputation, par sa hardiesse. Il s’était de la sorte créé une réputation de Don Juan, qui lui attirait à la fois de la considération et des haines sournoises.

C’était téméraire à lui, de provoquer ainsi chez eux ceux qu’il combattait. Mais tout en connaissant le danger, il le bravait avec une insouciance d’homme courageux, et qui sait pouvoir se fier à ses muscles et à son sang-froid.

Donc ce jour-là sans avoir à demander de plus amples explications, il se rendit chez le grand Fernand, qu’il connaissait de longue date comme un important maître fraudeur.

Il savait où était la maison du bonhomme : quai du Leughenaer, à deux pas du port. Le grand Fernand masquait son métier de contrebande sous le couvert d’un petit commerce de bois cassé. Il était midi, à peu près, quand Lourges, sans frapper ni sonner, pénétra par un étroit portail dans une courette noire et triste, encombrée de bois de démolition, où il fut accueilli par les aboiements étranglés et furieux d’un grand chien gris, heureusement enchaîné. Ces clameurs firent apparaître sur le seuil de la cuisine une femme d’une quarantaine d’années, au teint jaune. Lourges s’avança vers elle, très près, et tout en lui demandant : « Fernand n’est pas là ? » il passait hardiment la tête à l’intérieur de la cuisine. Ce qui dispensa la femme de répondre. Car le grand Fernand était là, effectivement, occupé à vider une assiette de soupe.

« Ah ! » fit-il, l’air gêné, en apercevant Lourges.

Et sans attendre une invitation, Lourges entra.

« Ça va ? demanda-t-il, l’air bon enfant.

– Oui, dit l’autre, pas très à l’aise. T’avais besoin de moi ?

– Oui.



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